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BPCO et activité du petit matin

D. Piperno,*, M. Decavèle

Épidémiologie : variabilité des symptômes et petit matin


Contrairement à l’asthme, entre les périodes d’exacerbations, la BPCO est longtemps restée considérée comme une maladie stable dont les symptômes sont encore décrits comme une expérience sensitive persistante et progressive [1]. Mais en pratique, la plupart des patients symptomatiques décrivent une alternance entre « de bons et de mauvais jours », et de plus en plus de données attestent d’une grande variabilité inter- ou intra-individuelle, d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre ou d’une saison à l’autre. Fait plus intéressant et potentiellement à l’origine de mauvais contrôle des symptômes, il existe une variabilité clinique circadienne assez marquée chez les patients BPCO faisant du matin une période particulièrement symptomatique et gênante pour la réalisation des activités quotidiennes.

En effet, une étude prospective coréenne portant sur 133 patients BPCO sévères (VEMS médian à 39,5 % de la valeur prédite), âgés en moyenne de 67 ans, suivis pendant 2 mois, a analysé l’impact des symptômes les plus fréquemment rencontrés au cours de la BPCO sur les activités matinales [2]. La dyspnée, la toux, les siffl ements respiratoires, l’oppression thoracique, la fatigue et les troubles du sommeil étaient recensés à l’aide de questionnaires cliniques internes simples. Au total, 57 % des patients déclarent ressentir des symptômes dès le matin. C’est même pendant le matin que l’ensemble des symptômes diurnes (hormis le wheezing) est le plus fréquemment rencontré (de 35,1 à 63,6 %, en fonction des symptômes, au réveil, et de 25 à 52,1 % dans la matinée). Dans une autre étude espagnole portant sur 472 sujets BPCO sévères (VEMS médian à 41 % de la valeur prédite), âgés de 68 ans en moyenne, 61 % des patients affirmaient que la perception de leurs symptômes varie au décours de la journée ou de la semaine et que le matin était la période la plus symptomatique avec en proportion 70 % d’expectoration et 60 % de toux le matin, contre environ 10 % l’après-midi [3]. Par ailleurs, à l’aide de questionnaire de symptômes cliniques diffusés sur Internet, Partridge et al. ont étudié, sur une plus large cohorte de 803 sujets européens et américains, l’impact de la BPCO sur les activités matinales. Au total le matin apparaît encore comme la période pendant laquelle les patients ressentent le plus leurs symptômes en particulier dans le sous-groupe de patients sévères (score de dyspnée Medical Research Council ≤ 3, n = 289). La dyspnée était le symptôme le plus fréquent, corrélant fortement avec les limitations d’activités matinales [4]. De plus, dans une étude nationale multicentrique turque, étudiant les symptômes ressentis par plus de 500 sujets BPCO, âgés en moyenne de 64 ans mais de sévérité non mentionnée, le matin représente encore la période la plus limitante en termes de dyspnée (41 %), d’expectoration (61 %) et de toux (53,5 %). En revanche la sensation d’oppression thoracique était plus fréquemment observée dans l’après-midi [5].

Enfi n, c’est une large étude de cohorte récente, paneuropéenne (17 pays) qui permet de démontrer définitivement le poids représenté par le matin dans la perception des symptômes au cours de la BPCO. Sur un total de 2 441 sujets obstructifs sévères (VEMS < 50 %), 2 258 (soit 92,6 %) ont perçu des symptômes dans les 7 jours précédents l’interrogatoire téléphonique. L’ensemble des symptômes analysés à savoir la dyspnée, la toux, l’oppression thoracique, la fatigue et le wheezing apparaissait plus problématique au réveil et plus tard dans la matinée que sur le reste de la journée (hormis le wheezing, aussi fréquent dans la soirée). En proportion, 71 % des patients souffraient le plus de fatigue le matin, 60 % de toux et 45 % de dyspnée [6].

Donc l’analyse de la littérature, que ce soit au travers d’études transversales, longitudinales, nationales, internationales, par recueil téléphonique, clinique ou via Internet, apporte l’évidence d’une grande variabilité circadienne des symptômes de BPCO défi nissant le matin comme la période la plus symptomatique dans la journée pour le sujet BPCO et d’autant plus si l’obstruction bronchique est sévère (Tableau 1).

Tableau 1 Le Global Chest Symptoms Questionnaire (GCSQ) mesurant les symptômes avant et après la prise matinale du traitement, et le Capacity of Daily Living during the Morning (CDLM) utilisé pour capturer l’effet des traitements sur les activités matinal

Auteurs correspondants


*Auteurs correspondants.
Adresses e- mail : dpiperno@centremedicalparot.fr (D. Piperno).

Auteurs


D. Piperno1,*, M. Decavèle2

1Centre médical Parot, 54 rue Duquesne 69006 Lyon, France
2DES pneumologie Ile-de-France, DESC réanimation médicale ; Service de pneumologie et réanimation, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, France

Liens d'intérêts


  • D. Piperno : AstraZeneca, Almirall, Boehringer-Ingelheim, Chiesi, GSK.
  • M. Decavèle a déclaré n’avoir aucun lien d’intérêts pour cet article.