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BPCO et activité du petit matin

D. Piperno,*, M. Decavèle

Valeur pronostique et conséquences sur les activités matinales


Si la variabilité des symptômes est mal corrélée à la sévérité de l’obstruction bronchique, la majoration de la perception des symptômes observés le matin semble être néanmoins corrélée à la sévérité clinique de la maladie. En effet dans les travaux récents de Kim et al. [2], tous les symptômes cliniques étaient plus fréquents dans le groupe de patients ressentant leurs symptômes le matin (Fig. 1). Le score de dyspnée et de sensation d’oppression thoracique utilisé dans l’étude apparaissait par ailleurs statistiquement plus élevé dans le groupe avec « symptômes matinaux ». Dans un autre travail, en dépit des légères différences démographiques entre les groupes de patients (notamment le tabagisme actif signifi cativement plus prévalant dans le groupe « symptômes matinaux »), les patients ressentant le plus leurs symptômes le matin ont un risque accru d’exacerbations et de recours au bronchodilatateur de courte durée d’action [15]. Dans l’analyse multivariée de l’étude de Kim et al. [2], le traitement par anticholinergique de longue durée d’action était un facteur préventif de perception de symptômes matinaux alors que la sensation d’oppression thoracique représentait un puissant facteur prédictif d’existence de ces mêmes symptômes.

Figure 1. Représentations graphiques de la variabilité circadienne des différents symptômes les plus fréquemment rencontrés dans la BPCO, extraites de plusieurs références : a) Montero [3] ; b) Kessler [6] ; c) Kim[2]. Le matin apparaît comme la période l
Figure 1. Représentations graphiques de la variabilité circadienne des différents symptômes les plus fréquemment rencontrés dans la BPCO, extraites de plusieurs références : a) Montero [3] ; b) Kessler [6] ; c) Kim[2]. Le matin apparaît comme la période la plus symptomatique de la journée.

Mais la conséquence principale de la perception des symptômes matinaux est la restriction d’activités matinales. Dans l’étude de Kuyucu et al. [5], les patients étaient interrogés à propos de l’impact de leurs symptômes sur les activités du matin. Ils attribuaient un score de limitation entre 1 et 10 pour chaque activité recensée. À l’image des travaux de Partridge et al. [4], les activités les plus perturbées par les symptômes étaient les montée et descente d’escaliers, le fait de mettre ou retirer ses chaussures et se doucher. L’impact des symptômes était le plus faible sur la prise du petit déjeuner ou le brossage des dents. Dans le travail de Kim et al. [2], le fait de sortir du lit était la limitation la plus fréquente (82,9 %) suivie par le fait d’aller aux toilettes (77,6 %), de prendre son bain (76,3 %) et de s’habiller (70 %). En revanche c’est pendant la douche que les patients éprouvaient la plus intense gêne liée aux symptômes. Dans les travaux de Kessler et al. [6], les activités les plus perturbées étaient la douche, l’habillage, le séchage et sortir du lit. La perturbation des activités du matin apparaissait d’ailleurs plus grande chez les patients présentant une plus grande variabilité des symptômes. Environ 10 % des patients déclaraient recourir à une aide humaine extérieure pour réaliser complètement leurs activités et sur cette proportion de patients, 70 % exprimaient la peur de représenter un poids excessif pour l’entourage suggérant le rôle potentiel assez fort des incapacités matinales dans l’apparition des symptômes dépressifs, fréquemment rencontrés au cours de la BPCO.

Une autre conséquence directe des symptômes du petit matin est l’altération de la qualité du sommeil en fi n de nuit et en particulier les réveils précoces à l’origine d’une diminution du temps de sommeil et d’un excès de somnolence diurne. Cette réduction du temps de sommeil global serait potentiellement à l’origine d’une diminution de l’espérance de vie. C’est le résultat d’une large étude épidémiologique [16] portant sur 1 741 sujets suivis pendant 14 ans. Chez les hommes, après ajustement sur le diabète, l’HTA et d’autres facteurs confondants, une surmortalité toutes causes confondues était observée chez les insomniaques dormant moins de 6 heures/nuit comparé au groupe contrôle dormant 7 heures avec un odds ratio à 4 (IC 95 % [1,14-13,9], p < 0,05). Les perturbations induites du rythme circadien, telles que les réveils précoces, la somnolence diurne ou la modifi cation de l’architecture du sommeil, sont observées chez les patients présentant un syndrome dépressif majeur [17]. Certains auteurs laissent alors suggérer que la prévalence élevée de la dépression dans la BPCO pourrait en partie s’expliquer par la prévalence élevée des symptômes matinaux. Cependant cette hypothèse reste à démontrer [2]. Si enfi n, il apparaît assez intuitif d’imaginer qu’une réduction des activités matinales puisse altérer à terme la qualité de vie globale, ce lien reste encore aussi à déterminer [2,6].

Auteurs correspondants


*Auteurs correspondants.
Adresses e- mail : dpiperno@centremedicalparot.fr (D. Piperno).

Auteurs


D. Piperno1,*, M. Decavèle2

1Centre médical Parot, 54 rue Duquesne 69006 Lyon, France
2DES pneumologie Ile-de-France, DESC réanimation médicale ; Service de pneumologie et réanimation, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, France

Liens d'intérêts


  • D. Piperno : AstraZeneca, Almirall, Boehringer-Ingelheim, Chiesi, GSK.
  • M. Decavèle a déclaré n’avoir aucun lien d’intérêts pour cet article.