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BPCO, nuit et sexualité

C. Arveiller-Carvallo, R. Escamilla,*

Physiopathologie des troubles de la sexualité dans la BPCO


L’origine des troubles de la sexualité dans la BPCO, comme dans la plupart des maladies chroniques, est souvent multifactorielle [16]. La BPCO a été identifi ée comme facteur de risque de dysfonction érectile avec un hazard ratio (HR) à 1,46 (1,04-2,03), au même titre que le diabète (HR = 1,67 [1,09- 2,56]) et l’obésité (HR = 1,06 [1,02-1,09]) [1].

La particularité de la BPCO, de par son atteinte pulmonaire, pourrait venir de la dysfonction respiratoire qu’elle entraîne, en particulier son caractère dyspnéisant à l’effort [17-19]. Cependant, la dyspnée est finalement peu limitante dans la vie sexuelle des patients et est rarement isolée pour expliquer les troubles de la vie intime. Cette dyspnée peut parfois s’accompagner de troubles des échanges gazeux, en particulier nocturnes, chez les malades avec une hypoxémie. Or, l’hypoxémie est connue pour être une cause de dysfonction érectile, comme il a été prouvé par la perte de la rigidité en altitude [5,6].

Paradoxalement, on constate que les échanges gazeux sont améliorés par l’activité physique (et donc par l’activité sexuelle) avec une augmentation de la saturation en oxygène. Ce constat a été fait par Polverino [20] en 2008. Pour son étude, la saturation en oxygène était enregistrée au cours de l’acte sexuel chez un patient BPCO. On constatait alors une augmentation environ de cinq points de sa saturation, au maximum juste après l’acte sexuel. Cet effet paradoxal peut être expliqué par une amélioration du rapport ventilation/ perfusion pendant le rapport sexuel (par augmentation de la ventilation via une hyperventilation et/ou une augmentation de la perfusion via une tachycardie). La correction de l’hypoxie par une oxygénothérapie de longue durée peut concourir à l’amélioration des capacités sexuelles des patients [21].

La BPCO s’accompagne souvent d’un hypercatabolisme avec fonte musculaire, auto-entretenu par le manque d’activité physique des patients. L’effort physique nécessaire pour l’acte sexuel peut donc parfois être un frein [18].

Une autre hypothèse physiopathologique de la dysfonction érectile chez les BPCO est le rôle de l’infl ammation systémique. En effet, on a montré que les patients atteints de BPCO avaient une infl ammation systémique supérieure à celle des sujets sains. La dysfonction érectile des patients pourrait également être due à une infl ammation systémique, comme le montre Karadag [22] : dans son étude, les malades présentant une dysfonction érectile sévère avaient des taux de TNF-alpha statistiquement supérieurs à ceux des patients ayant une dysfonction érectile modérée.

Certains patients atteints de BPCO souffrent également d’un syndrome d’apnées obstructives du sommeil (overlap syndrome), qui peut détériorer la vie sexuelle des malades. Le lien entre syndrome d’apnées du sommeil et dysfonction sexuelle a été l’objet de multiples publications [23-25]. Bien que ce lien soit lui aussi multifactoriel, il n’est pas impossible que la BPCO ait un mécanisme physiopathologique similaire à celui du syndrome d’apnées du sommeil. On peut noter que cette relation a également été trouvée chez la femme. Le traitement des apnées du sommeil par pression positive continue nocturne améliore considérablement la qualité de vie sexuelle des patients [26,27].

De par leur âge et leur tabagisme, actif ou sevré, les patients atteints de BPCO sont souvent atteints d’autres maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension également d’une détérioration de la vie sexuelle chez la femme [29]. L’insuffi sance cardiaque est également reconnue par les cardiologues comme pourvoyeuse de troubles de la vie sexuelle [30-32]. Les cardiologues français émettent des recommandations spécifi ques concernant la prise en charge des troubles de la fonction sexuelle chez les patients suivis pour une insuffisance cardiaque. artérielle, l’insuffisance cardiaque. Ces comorbidités, associées aux troubles spécifiques de la BPCO, participent également à détériorer la vie sexuelle. Le diabète, via la vasculopathie et la neuropathie qu’il provoque, est un grand pourvoyeur de dysfonction érectile chez l’homme [28], mais également d’une détérioration de la vie sexuelle chez la femme [29]. L’insuffisance cardiaque est également reconnue par les cardiologues comme pourvoyeuse de troubles de la vie sexuelle [30-32]. Les cardiologues français émettent des recommandations spécifiques concernant la prise en charge des troubles de la fonction sexuelle chez les patients suivis pour une insuffisance cardiaque.

La polymédication et l’utilisation de certains médicaments peuvent également intervenir dans la dysfonction sexuelle [33]. La iatrogénie est toujours à rechercher chez un patient se plaignant de troubles sexuels. Il n’est en effet pas rare que l’arrêt d’un bêtabloquant, par exemple, permette le retour à une activité sexuelle normale. Le tabac est également une autre drogue pouvant aggraver la fonction érectile des patients [34]. La consommation de tabac étant particulièrement fréquente chez les patients BPCO, il est fort probable que celui-ci tienne une place privilégiée dans l’explication physiopathologique des troubles de l’érection. La méta-analyse de Cao en 2013 [35] montre que le tabac augmente le risque de dysfonction érectile chez les fumeurs actuels mais également chez les anciens fumeurs.

La part du psychisme dans la dysfonction sexuelle semble intervenir en tant que cause mais également en tant que conséquence et facteur aggravant. Les troubles de la libido entrant en effet dans les critères diagnostiques de la dépression, le lien entre ces deux symptomatologies ne fait plus débat. Le traitement de l’une peut d’ailleurs améliorer celui de la seconde cependant, il est aussi important de rappeler que certains traitements antidépresseurs sont eux-mêmes pourvoyeurs de troubles de l’érection. Tout patient (ou patiente) ayant des troubles de la libido fait intervenir des réactions psychiques qui peuvent à leur tour aggraver les symptômes sexuels. La prise en charge des troubles sexuels ne saurait donc se passer de la prise en charge psychologique des patients [36].

Auteurs correspondants


*Auteurs correspondants.
Adresses e- mail : escamilla.r@chu-toulouse.fr (R. Escamilla).

Auteurs


C. Arveiller-Carvallo1, R. Escamilla2,*

1Service de pneumologie, hôpital Foch, 40 rue Worth, 92151 Suresnes
2Pneumologie, hôpital Larrey, 24 chemin de Pouvourville – TSA 30030, 31059 Toulouse Cedex 9

Liens d'intérêts


  • R. Escamilla : Au cours des 5 dernières années, Roger Escamilla a perçu des honoraires ou fi nancements pour participer à des congrès, actions de formation, participation à des groupes d’experts, rédaction d’articles ou de documents, de la part des laboratoires Almirall, AstraZeneca, Boerhinger-Ingelheim, Pierre Fabre, GSK, MSD, Novartis, Pfizer, Nycomed/Takeda.
  • C. Arveiller-Carvallo : aucun