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BPCO, nuit et sexualité

C. Arveiller-Carvallo, R. Escamilla,*

État des lieux


Une des premières études à se pencher sur les problèmes de dysfonction sexuelle chez les patients BPCO est celle de Fletcher et Martin qui date de 1982 [19]. Ceux-ci constatent avec l’aide d’un RigiScan® que 7 des 20 patients sélectionnés ont des troubles de l’érection, soit 30 %. Un lien entre la sévérité de la BPCO et l’importance du trouble sexuel est noté.

Dans des études plus récentes, fondées sur des autoquestionnaires, on constate un nombre bien plus important de dysfonctions sexuelles auto-rapportées [37,38], autour de 75 % (Fig. 2). La différence est nette comparée à la population générale de même âge où les troubles de la sexualité sont rapportés entre 15 et 22 % [39]. La dysfonction sexuelle est dans la majorité des cas un trouble de l’érection (72 % des troubles sexuels chez Collins) [38]. Un lien est également noté avec la sévérité de la BPCO chez Koseoglu [37], sans pour autant que la dyspnée soit un facteur déterminant dans ces troubles sexuels.

Figure 2. Lien entre sévérité de la BPCO et troubles sexuels [37]. DE : dysfonction érectile.
Figure 2. Lien entre sévérité de la BPCO et troubles sexuels [37].
DE : dysfonction érectile.

On peut cependant moduler les résultats précédents puisque l’impact des cofacteurs de risque de dysfonction sexuelle (HTA, vasculopathie, etc.) n’a pas été étudié en détail. Il est donc possible que les troubles sexuels des patients BPCO soient entièrement attribuables à d’autres causes. Cependant, il est rare que des patients BPCO fumeurs n’aient aucune comorbidité cardiovasculaire. L’état des lieux ainsi constaté est un refl et réel de la population rencontrée dans la pratique médicale courante.

Collins rajoute un élément important à la constatation des troubles sexuels chez les patients BPCO, qui est l’impact de ces troubles sur la qualité de vie. Ainsi, il remarque que les troubles sexuels ont une conséquence néfaste sur la qualité de vie des patients. Ceux atteints de dysfonction érectile seraient d’ailleurs mécontents de conserver leur trouble érectile le reste de leur vie (Fig. 3). Les troubles dépressifs sont également plus importants chez les patients ayant des troubles de l’érection que chez ceux qui n’en ont pas (sans savoir si la dépression est une cause ou une conséquence de la dysfonction sexuelle…).

Figure 3. Réponses des patients BPCO (avec ou sans dysfonction érectile) à la question « Seriez-vous satisfait de conserver votre vie sexuelle actuelle le reste de votre vie ? » [38]. DE : dysfonction érectile
Figure 3. Réponses des patients BPCO (avec ou sans dysfonction érectile) à la question « Seriez-vous satisfait de conserver votre vie sexuelle actuelle le reste de votre vie ? » [38].
DE : dysfonction érectile 

 

L’étude des dysfonctions sexuelles chez la femme est beaucoup plus rare. Kaptein [17] montre cependant que les femmes aussi rencontrent ce genre de problèmes. Il semblerait que les troubles sexuels chez la femme soient moins fréquents que chez l’homme et qu’ils concernent surtout un manque de libido avec une diminution de la fréquence des rapports sexuels par rapport à un groupe contrôle.

Auteurs correspondants


*Auteurs correspondants.
Adresses e- mail : escamilla.r@chu-toulouse.fr (R. Escamilla).

Auteurs


C. Arveiller-Carvallo1, R. Escamilla2,*

1Service de pneumologie, hôpital Foch, 40 rue Worth, 92151 Suresnes
2Pneumologie, hôpital Larrey, 24 chemin de Pouvourville – TSA 30030, 31059 Toulouse Cedex 9

Liens d'intérêts


  • R. Escamilla : Au cours des 5 dernières années, Roger Escamilla a perçu des honoraires ou fi nancements pour participer à des congrès, actions de formation, participation à des groupes d’experts, rédaction d’articles ou de documents, de la part des laboratoires Almirall, AstraZeneca, Boerhinger-Ingelheim, Pierre Fabre, GSK, MSD, Novartis, Pfizer, Nycomed/Takeda.
  • C. Arveiller-Carvallo : aucun