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Variabilité des symptômes de la BPCO : la variabilité du « stimulus »

T. Similowski,*, M. Decavèle

Variabilité de la dyspnée : argumentaire


La dyspnée est un enjeu clinique capital, aussi important que la douleur dans de nombreuses pathologies chroniques. Affectant un quart de la population générale [13], elle est source de limitation d’activités et d’altération de la qualité de vie majeure [14]. Elle se défi nit par une expérience subjective d’inconfort respiratoire consistant en des sensations distinctes variant en intensité [15] perçues généralement par le patient comme une soif d’air, une constriction thoracique ou un travail respiratoire excessif [16]. La dyspnée est le symptôme le plus fréquent au cours de la BPCO et le plus intensément ressenti [17]. Malgré le développement de questionnaires multidimensionnels tournés vers le ressenti du patient [18], son appréhension clinique reste diffi cile du fait de la nature très subjective du symptôme, de la modeste sensibilité des échelles d’évaluations courantes et très probablement du fait de sa grande variabilité. En effet d’après les travaux de Kessler et al. [19], la dyspnée est le symptôme le plus variable et en analyse multivariée, elle semble infl uencée par l’âge (jeune âge), l’intensité de la dyspnée dans la semaine écoulée et le recrutement des patients par les praticiens généralistes. Cette variabilité était ressentie chez 45 % des patients au cours d’une même journée et chez 55 % au cours de la semaine. Les auteurs décrivent par ailleurs une variabilité saisonnière des symptômes. Assez spécifi que de l’obstruction bronchique [20], c’est la sensation de constriction thoracique qui revêt la plus grande variabilité. Enfi n, l’ensemble des travaux converge pour faire du « petit matin » la période la plus symptomatique pour les malades.

Fait intéressant, plus que la dyspnée, sa variabilité même apparaît comme un marqueur de sévérité de la maladie. En effet, l’analyse des symptômes portant sur une large cohorte de sujets BPCO montre que les patients très dyspnéiques ont trois fois plus de chance d’observer une variabilité de leur essouffl ement par rapport aux patients se disant peu dyspnéiques (OR : 2,848 ; IC 95 % [2,057–3,943], p < 0,0001). Enfi n dans cette même étude, la variabilité de la dyspnée ressentie au cours de la semaine était associée au risque d’exacerbation corrélant bien avec les observations faites antérieurement [21,22], présentant la dyspnée comme un marqueur prédictif fiable d’exacerbation.

Si l’American Thoracic Society et l’European Respiratory Society définissent la BPCO comme une maladie accessible à un traitement et des mesures de prévention, le principal objectif d’une meilleure compréhension de la dyspnée est d’optimiser l’effi cacité thérapeutique. Différents aspects d’une dyspnée peuvent suggérer différents processus physiopathologiques facilitant l’approche diagnostique et orientant le clinicien pour une prise en charge la plus adaptée. Cette démarche nécessite néanmoins une connaissance des mécanismes physiologiques régulant la respiration.

Auteurs correspondants


*Auteur correspondant.
Adresse e- mail : thomas.similowski@psl.aphp.fr (T. Similowski).

Auteurs


T. Similowski1,*, M. Decavèle2

1Service de pneumologie et réanimation médicale, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix ; ER 10 UPMC Neurophysiologie respiratoire expérimentale et clinique ; Université Paris 6, Pierre-et-Marie-Curie Paris, France
2DES pneumologie Ile-de-France, DESC réanimation médicale ; Service de pneumologie et réanimation, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, France

Liens d'intérêts


  • T. Similowski a perçu de la part d’Almirall France une rémunération pour la préparation du séminaire duquel cet article est dérivé et sa participation à ce séminaire. Il a été rémunéré par ailleurs par Almirall France pour sa participation à un comité d’experts constitué à propos du bromure d’aclidinium (Eklira®), et en tant que conseiller scientifi que indépendamment de ce groupe d’experts. Il a participé à une réunion internationale organisée par Almirall Corporate. Par ailleurs, il a perçu au cours des cinq dernières années des honoraires ou fi nancements pour participation à des congrès, communications, actions de formation et de conseil, des groupes d’experts, travaux de recherche, de la part des laboratoires/entreprises AstraZeneca France, AstraZeneca Corporate, Boehringer- Ingelheim France, GlaxoSmithKline France, Medapharma, Menarini, MSD France, Novartis Pharma France, Novartis Corporate, Pierre Fabre, Pfi zer France. M.
  • Decavèle a declaré n’avoir aucun lien d’intérêts pour cet article.